“On va leur faire des pneux carrés !”

Source :  Canard enchainé  25-03-09

Ils ont fait tout ce qu’on leur a dit. Dans le coin, il n’y avait que “Conti” ou aller bosser. C’est la plus grosse boîte de l’Oise. On y fabrique des pneus depuis soixante-quinze ans. Ils sont allés bosser chez Conti.

On leur a dit de bosser dur : le bruit, la saleté, les tendinites. Ils ont bossé dur. On leur a dit de voter Sarkozy à la présidentielle, ils ont voté massivement pour lui : 59,41% dans la bonne ville de Clairoix.

On leur a dit de “travailler plus, pour gagner plus” : peu après l’élection de Sarkozy, ils ont accepté, à la demande de leur direction, appuyée par le syndicat majortitaire CFTC,de passer à 40 heures de travail par semaine.

On leur a dit de devenir propriétaire : ils se sont endettés pour vingt-cinq ans. On leur a dit que la mondialisation c’était super. Sans doute l’ont-ils cru. On leur a dit que l’Europe aussi : là ils ont renâclé. Et voté à 64,11% contre l’Europe en 2005.

Aujourd’hui leur patron allemand est un pur produit du capitalisme triomphant : c’est un groupe familial qui a racheté l’énorme Continental, trois fois plus gros que lui, en juillet dernier lors d’un raid financier spectaculaire soutenu par un consortium de banques auprès desquelles il s’est endetté de 22 milliards d’euros qu’il est aujourd’hui incapable de rembourser.

Et ce patron allemand leur explique que s’il a décidé de fermer leur usine et de tous les virer, eux les 1120 salariés de Conti, c’est parce que cette usine est “la moins compétitive du groupe”. Et que celle de Timisoara, en Roumanie, est vachement plus rentable que la leur. On y fabrique des pneus pour 5 euros pièce.Eux à Clairoix, ils fabriquent des pneux qui coutent le double.

Faut dire qu’ils touchent des payes de nantis, les Conti ! Avec un salaire minimum net de 1700 euros mensuels, c’étaient les rois du pétrole dans la région. “On vivait comme des nababs, dit cette ouvrière au Monde (17/3), Le quad pour les enfants, la caravane pour les vacances”. Des nababs.

Alors quand on leur a annoncé la fermeture de l’usine à l’automne 2010, c’est à dire l’écroulement de leur vie, de leurs rêves, de tout ce en quoi ils avaient cru, ils ont craqué. Ils ont balancé des oeufs sur leur directeur. Ils ont gueulé : “Trahison !”, “Un vrai massacre !”, “De la barbarie !”. Ils ont fait grève, défilé, manifesté : “On va se faire entendre, même si on est foutu !”, “On va leur faire des pneus carrés !”.

Mais on leur a dit qu’il valait mieux pour eux reprendre le boulot, ce lundi 23. Leur délégué syndical CGT leur a dit : “20 000 euros d’indémnités, 23 mois de chômage et après vous boufferez des cailloux, voila ce que vous aurez si vous ne vous battez pas”. Alors ils vont se battre. Pour essayer de tirer le maximum d’indems avant d’être virés.

Et quand ils seront virés, qu’est ce qu’on leur dira ? On leur dira d’aller au Pôle emploi. On leur dira d’accepter le deuxième boulot qu’on leur propose, sinon fini les indems. On leur dira que c’est la crise pour tout le monde et qu’ils ferraient mieux de la boucler. Pas sûr qu’ils fassent toujours ce qu’on leur dit.

Jean-Luc Porquet

2 Commentaires

Beauchene  le 7 avril 2009

courage les enfants défendez votre droit a “survivre” contre les prédateurs de la finance qui sont en train de mettre la France a genoux

edwige  le 20 avril 2009

Conti ferme, mais ce ne sont pas que leurs emplois qui craignent….c’est aussi 3000 emplois alentour…des sous-traitants qui mettent la clé sous la porte et des employés licenciés sans indemnités …TOus derière Conti oui mais n’ubliez pas ceux que vous avez cotoyé tous les jours dans l’usine, qui réparaient les machines, vous avez échangé des mots, des blagues….et eux, ils n’auront rien….Eux aussi ils se sont endettés, certains ont aussi travailler plus pour gagner plus……

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