Chronique d’une mort annoncée
Clairoix, le vilain petit canard du groupe allemand…
« …Ah ces français, quelles têtes dures ! « des remarques comme celles-ci étaient courantes dans les « hautes sphères allemandes ». Ces français qui râlent toujours, qui disent toujours non ! Ce site de Clairoix, devait être perçu comme le vilain petit canard du groupe, car là-bas rien ne se passait comme ailleurs. Ce site, qui à plusieurs reprises fit parler de lui dans les médias, passait de plus en plus mal auprès du directoire (direction du groupe allemand).
- 1982 : grève très difficile avec séquestration des dirigeants
- 1993 : inondations du site. La crue du siècle ! plus personne ne se souvenait de la dernière fois où l’Oise était sortie de son lit. Et pourtant en 1993, c’est la nature qui s’en prend au site picard : l’usine française se fait encore remarquer !
- 1994 : nouvelle grève ! le site est bloqué pendant 3 semaines empêchant les camions de pneus de sortir. Un commando est envoyé par la direction en pleine nuit sur le site pour débloquer l’usine. Des hommes vêtus de noirs, matraque à la main, sortaient de partout. Personne n’aurait jamais pu soupçonner cela….Panique chez les grévistes, certains sautent dans l’Oise pour échapper au commando…. Conti fait la une des journaux !! Les salariés gardent un souvenir horrible de cet épilogue 15 ans après ! Et pourtant les revendications principales portaient sur la flexibilité du travail. Les salariés s’étaient vus proposer par la direction en place, un temps de travail annualisé : travailler 45H/semaine pendant les mois d’été pour fabriquer les pneus Hiver. L’été, les salariés auraient, et on peut aisément le comprendre, préféré travailler moins dans les ateliers pour profiter des beaux jours en famille.
A cette époque une procédure de licenciement à l‘encontre d’un salarié protégé , considéré comme meneur avait été lancée. Ce salarié fut licencié en 1995 sur décision du ministère du travail, puis réintégré au bout d’un an sur décision du tribunal administratif. La direction de Clairoix après avoir fait appel, finit par obtenir, en 2002, du Conseil d’Etat un jugement favorable.
- 1995 : nouvelle inondation du site de Clairoix. « C’est une malédiction ! » s’exclamaient certains à l’époque.
Deux fois en deux ans, c’est deux fois de trop pour la direction du Groupe.
Clairoix est devenue une usine non fiable, sur laquelle il ne faut plus compter ! Le compte à rebours est probablement lancé !
Sanction pour l’usine de Clairoix
L’usine de Clairoix, devenue une cible, doit tout faire pour regagner la confiance des dirigeants. Dès lors que la confiance ne sera pas gagnée, plus aucun investissement ne sera fait sur ce site.
La punition durera plusieurs années. De longues années pendant lesquelles l’outil de travail vieillit alors que la production de pneumatiques devient de plus en plus complexe et que les autres sites reçoivent de nouvelles machines.
Un savoir faire reconnu
Mais la compétence et le savoir faire des salariés permet à l’usine de Clairoix de s’en sortir peu à peu. Ce savoir faire est reconnu au point que Clairoix deviendra quelques années plus tard l’usine pilote sur certains projets.
- 2007 : signature très contre versée d’un accord sur les 40 heures. Signature arrachée contre l’engagement de la direction,de pérenniser le site jusque 2012.
- 2008 :OPA de Schaeffler . Crise économique, baisse de l’action Continental.
Tous ces faits dans l’histoire de Clairoix ne sont pas sans responsabilité dans la fermeture annoncée. La crise économique aidant, une demande très inférieure à l’offre sur le marché, c’est le moment. Si le groupe, sujet à d’autres difficultés suite à l’OPA de Schaeffler, doit réduire ses capacités de production ; c’est le site de Clairoix qui sera condamné. Mais depuis combien de temps, cette décision était réellement prise ?



