Continental recrute… en Roumanie
Source : France Info - 07:15

Continental : annonce de recrutement Roumanie
D’un côté, la fermeture annoncée de l’usine Continental de Clairoix (Oise), dans un an - la faute à la crise, selon la direction du groupe. De l’autre, un groupe Continental qui recrute, en Roumanie, des ouvriers, des cadres et des ingénieurs. Enquête et reportage sur la stratégie et le double discours de l’équipementier automobile…
Timisoara, à l’extrême ouest de la Roumanie. Une usine Continental qui fabrique des pneus. Le site n’est pas sans rappeler celui de Clairoix (Oise), à quelques détails près : à Timisoara, ni banderoles syndicales ni pneus qui flambent, car cette usine n’est pas menacée de fermeture.
Bien au contraire : on embauche, comme l’attestent cette petite annonce parue dans le Timis Express, le journal local, et la pancarte située à l’entrée de l’usine : “Continental embauche des ouvriers opérateurs de production, des ingénieurs dans le département technique, des chefs d’équipe et des ouvriers chargés de l’entretien des pièces métalliques”.
Du côté de la direction de l’entreprise, on relativise ces embauches. Expliquant qu’il s’agit avant tout de faire face au “turn over”, aux départs nombreux et réguliers de personnels roumains, qui choisissent de quitter Continental. En clair, ce ne sont pas, dans tous les cas, à proprement parler, des créations de postes, explique le patron de Timisoara Thierry Wipff. Pour la petite histoire, ce manager français est l’ancien directeur de l’usine Continental de Clairoix. Aujourd’hui, il dirige le site de Timisoara qui a ouvert il y a 10 ans et qui emploie 1.200 personnes. Un site qui va d’ailleurs continuer à se développer pendant trois ou quatre ans.
“De mon point de vue, il n’y a pas délocalisation”
Et lorsque l’on titille Thierry Wipff sur le registre de la délocalisation, il tente de justifier la stratégie industrielle de son groupe. Pour fournir des pneus au franco-roumain Dacia, il faut fabriquer sur place, en Roumanie, affirme-t-il. Donc, “de mon point de vue, il n’y a pas délocalisation”, se défend le directeur de l’usine roumaine.
Pourtant, pour Ioan Petrisor, professeur d’économie à l’université de Timisoara, il n’y a pas de doute sur la stratégie de l’équipementier allemand : pour lui, c’est clairement une “stratégie de délocalisation”, justifiée par les prix de revient. Un pneu roumain revient à cinq euros, contre environ neuf euros pour un pneu français, selon un document interne de Continental publié récemment par le Courrier Picard.
Ces prix bas roumains s’expliquent en grande partie par le coût du travail local. Selon Stefan Gogochanu, le dirigeant de la confédération syndicale Alfa à Timisoara, les salaires chez Continental sont compris entre 1.200 lei et 1.800 lei, soit 280 à 420 euros. Vu de France, c’est peu. Vu de Roumanie, ce n’est déjà pas si mal, c’est au-dessus du salaire moyen des ouvriers.
Pour autant, les salaires et les prix de revient low cost de Timisoara ne constitueront pas longtemps une assurance-vie pour l’usine. Car la crise qui frappe le secteur automobile pourrait contraindre Thierry Wipff à mettre son personnel au chômage technique pendant une semaine, dès Pâques.
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